Consultation décalée de Svetlana Kirilina

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Une petite interview de Svetlana Kirilina un peu décalée, ça vous tente ?

pillules

Je consulte rapidement mon agenda, soulagée de constater que cette consultation sera la dernière de la journée. Ma patiente arrive et prend place dans le gigantesque fauteuil rouge trônant au centre de la pièce. Spécialisée dans le traitement de la Bisounourserie, je devine sans peine le mal qui ronge cette jeune femme…

Bonjour Svetlana, je suis le docteur Wency. Vous pouvez ôter votre veste et vous mettre à votre aise…

Bien, commençons par remplir le questionnaire de base… Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Me présenter ? Mais vous avez un dossier long comme le bras sur moi, je vous vois le feuilleter d’ici. Enfin, comme vous voulez, hein. Je suis née l’année de Tchernobyl, mais je brille pas dans le noir. Je rêve de la destruction du monde, mais il se laisse pas trop faire. Du coup, pour compenser, je scribouille des histoires. Beaucoup d’histoires. Vraiment beaucoup. Parfois, je me lance dans des expériences et parfois, elles loupent. Avec quelques comparses, on envisage de s’exiler un jour sur une île déserte, mais on a pas encore trouvé notre bonheur. Et puis, tiens, longue vie aux grenouilles !

 

Qu’attendez-vous de cette consultation ?

De cette consultation ? Ah mais attendez. Moi, je suis là uniquement parce que j’ai vu de la lumière. En plus, ça flottait dehors, il y avait de l’orage, la foudre est même tombée à trois pas sur un poteau électrique. D’ailleurs, c’est pour ça, toutes ces bougies ? Faudrait faire gaffe, hein. Avec toute la paperasse qui traine ici, suffirait d’un faux mouvement pour une belle flambée. Ça serait pas mal, remarquez. C’est joli, le feu.

 

De la lumière, de l’orage, de la foudre et du feu… Avez-vous peur que les ténèbres vous avalent ? Jusqu’ici, elles n’ont mangé personne !

C’est ça, moquez-vous ! Figurez-vous que l’ombre peut cacher les pires des créatures… de l’ombre. Vous avez jamais entendu parler de la terrible sombrette à persiflettes ? C’est une plante qui vit au fond des puits et qui crache du poison dans l’eau. Et ceux qui ont le malheur de goûter à cette eau se retrouvent avec d’horribles crampes d’estomac. Non, et puis, je vois très bien ce que vous essayez de faire. Vous pensez que j’ai besoin d’une thérapie. Alors que, hein, entre nous, avouez qu’une bonne dose d’hémoglobine, ça fait toujours son petit effet !

 

Vous n’avez pas besoin de thérapie ? Vous êtes certaine ? Dans ce cas, expliquez-moi ceci : *agite puis jette le livre Point de fuite sur la petite table basse* Certes, la poisse colle à la peau de Margot et cela entraîne quelques situations indélicates, mais avouez que cette histoire diffère radicalement de Quatorze minutes ou encore Quand la mousse pousse ! Vous souffrez des premiers symptômes de Bisounourserie touchant tous les auteurs sadiques et ce nouveau livre en est la preuve. Ne serait-ce pas un besoin d’arc-en-ciel qui vous aurait poussé à écrire cette histoire ? Mmh ?

Mais ça va pas bien, vous, hein. Par curiosité, vous l’avez eu où, votre diplôme ? Les arcs-en-ciel, je les laisse où ils sont, manquerait plus qu’une de ces horreurs s’invite chez moi ! Bon, après, d’accord, je vois à peu près ce qui a pu vous induire en erreur. Mais je pense que vous avez lu de manière sélective en vous focalisant seulement sur des arcs-en-ciel imaginaires. Alors qu’à côté de ça, il y a de bonnes pintes d’hémoglobine, je vous assure ! Vous ne les avez pas vues ? D’ailleurs, vous tentez de me psychanalyser, mais peut-être que vous ne poussez pas les recherches du bon côté. Peut-être qu’en écrivant cette histoire un peu moins sanglante que les deux autres, je voulais laisser les lecteurs souffler un peu. Une sorte de répit, voyez ? Avant de passer à la vitesse supérieure…

 

Figurez-vous que j’ai obtenu mon diplôme dans une pochette surprise rose en forme de cornet de glace ! Mais, nous sommes là pour parler de vous, et non de mes compétences.

Donc, si je comprends bien, vous désiriez tromper le lecteur au travers de Point de fuite ? C’est vrai que vous n’êtes pas tendre avec la pauvre Margot, la seule fille au monde capable de s’ouvrir la main avec une carte bleue… Pourtant, vous nous offrez aussi une belle histoire entre deux jeunes aux vies opposées et tourmentées. De quoi faire fondre tous les coeurs… Aimez-vous l’artichaut ?

J’ai horreur de ça. Rappelez-vous-en si vous comptez m’inviter au resto. Ah non, ma bonne dame ! Je ne trompe jamais mon lecteur. Si j’avais voulu le faire, j’aurais fait une couverture glauque au possible. Non, là, avec les petites fleurs, le lecteur savait exactement à quoi s’attendre. Il faut juste pas qu’il s’y habitue trop. Parce que dans la suite de mon programme, il y a pas tellement d’histoires qui se terminent bien. Enfin, on est jamais à l’abri d’un accident, me direz-vous… Et si on en revenait à vous ? Après tout, vu la manière dont vous avez obtenu votre diplôme, je suis tout aussi capable de psychanalyser que vous. Parlez-moi de cette obsession pour les arcs-en-ciel. Ça traduit un traumatisme d’enfance ?

 

Je rêve souvent d’une petite licorne gambadant dans une prairie violette, mais aucun traumatisme réel  – si on exclut la lecture d’une trilogie de M.I.A.

Ah oui, la fameuse trilogie qui en a traumatisé plus d’un. Je commence à comprendre pourquoi vous tenez tant à voir des arcs-en-ciel partout. C’est une pathologie assez répandue. Vous devriez consulter.

 

Eh bien, c’est ce que nous faisons actuellement, nous consultons !

Revenons à nos arcs-en-ciel, vous parlez beaucoup de vos futurs projets, avez-vous envie de nous en dévoiler un peu plus ?

J’admire votre manière de détourner la conversation, madame Wency ! On dirait que vous avez fait ça toute votre vie. Mes projets sont trop nombreux pour tenir en une seule consultation, surtout au vu des tarifs que vous pratiquez ! Je vais donc restreindre à ceux qui sont les plus virulents en ce moment, si vous voulez bien. On parlait d’hémoglobine, j’en ai justement un qui colle au thème. Il y a un mois, je me suis fixé pour objectif d’écrire et publier un chapitre par jour. Ça a donné « Les pâtes froides », de la SF révolutionnairo-apocalyptique à narration éclatée où les personnages n’ont pas une espérance de vie très élevée. Je vous avoue, ce projet m’occupe déjà pas mal. C’est tellement intéressant de chercher toujours de nouvelles manières de cogner sur des personnages. Mais comme je n’ai pas *que* des tendances psychopathes, je suis en parallèle sur une histoire plus… gentille (et je vois déjà venir, mais non, rien à voir avec « Point de fuite » !). Il s’agit d’une historiette en épisodes sur un auteur raté qui reçoit la visite de sa muse. Sauf que la muse n’a pas du tout la tête de l’emploi. Voyez, j’ai aucun besoin de thérapie, je suis parfaitement saine d’esprit !

 

Laissez-moi deviner : la muse en question a une tête de grenouille ? Comptez-vous la cuisiner ? Parce que j’adore les cuisses de grenouilles, bien que je n’en mange pas… 

Vous devinez mal, vile consommatrice de cuisses de grenouilles ! La muse en question… s’appelle Hyppolite et a la tête d’un comptable en vadrouille. Sa grande passion dans la vie, c’est les salons de thé et elle a une sainte horreur de la verveine. Et je suis sûre que ce brave Hyppolite, il n’irait jamais démembrer de pauvres batraciens sans défense ! 

grenouille

Je sens que l’on pourrait bien s’entendre lui et moi ! Je note tout de même que, pour quelqu’un qui n’a pas besoin de consulter, vous vous épanchez sans retenue. La séance est bientôt terminée, avez-vous un dernier point que vous aimeriez partager avec nous ? Enfin… avec moi ?

Un dernier point ? Hum, c’est important, le dernier point. C’est un peu comme les derniers mots d’un personnage qu’on s’apprête à hacher menu. Il faut que ça sonne bien, mais que ça donne pas dans le pathos. C’est compliqué, mine de rien. Et donc, euh… Non, mais si je me suis laissée emporter, c’est à cause de l’orage. Ça aurait ressemblé à quoi si on avait attendu qu’il passe en silence ? Bon… si vous insistez vraiment, je vais partager avec vous un secret que personne ne connait. Au moment de la dernière récriture de « Quatorze minutes », j’ai eu un moment de faiblesse et j’ai envisagé de tout changer pour sauver deux personnages. Ça m’a travaillé des jours et des jours, cette bisounourserie malvenue. Et puis, un matin, je me suis réveillée et les choses étaient rentrées dans l’ordre. Mais le répétez à personne, hein ! Je compte sur votre secret médical !

Bien, bien, mon diagnostic est sans appel. Mademoiselle, vous êtes atteinte du syndrome de Bisounourserie et devrez suivre un traitement pour une durée indéterminée. Je vais vous prescrire des petites pilules arcs-en-ciel qui vous aiderons à éradiquer votre bienveillance naissante. Pour le règlement, veuillez déposer deux  tibias fraîchement cassés dans le saladier prévu à cet effet, je vous prie.

Hum, vous croyez que je peux les revendre au marché noir, ces petites pilules ? Sûrement qu’il y aura du monde intéressé, vous croyez pas ? Quant aux tibias, j’ai complètement oublié mon porte-osselets chez moi… Mettez-moi ça sur mon ardoise. En tout cas, c’est bien aimable à vous de m’avoir abrité pendant ce terrible orage. Par contre, je dis ça pour votre bien, mais je pense que ça vous ferait pas de mal de consulter à votre tour. Je sens que les arcs-en-ciel vont jaillir d’un moment à l’autre. Ça devient terrifiant !


Pour découvrir l’univers de Svetlana :

Son site : http://www.champidents.fr/

Ses livres :

4 Réponses

  1. Bien sympathique ! Bravo !

  2. Superbe interview…

  3. assez marrant je dois l’avouer

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